DES PREUVES D’AMOUR
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Ella Rumpf ne porte pas le bébé… mais elle porte le film.

Dans quelques mois, Céline va devenir mère pour la première fois, même si elle n’est pas enceinte : c’est sa femme, Nadia, qui porte leur enfant. Au fil des derniers mois de grossesse, Céline cherche sa place et sa légitimité, tout en tentant de prouver à l’État qu’elle peut devenir la mère de son propre enfant.
Pour son premier film, largement autobiographique, Alice Douard situe le récit en 2014, juste après l’adoption de la loi Taubira. Elle fait de ses deux héroïnes des pionnières dans un parcours d’adoption qui s’apparente à une véritable épreuve.
Le couple va ainsi devoir monter un dossier fait de photos et de témoignages prouvant que Céline est une bonne mère et ainsi l’autoriser à adopter son enfant. Cette dernière, n’ayant pour famille qu’une mère absente, est donc contrainte de renouer avec elle pour avancer. La relation mère-fille est montrée avec finesse : tensions, non-dits, gestes maladroits… autant d’éléments qui enrichissent le parcours de Céline et donnent une profondeur supplémentaire à son chemin vers la maternité.
La réalisatrice filme leur couple dans toute sa normalité, refusant les clichés, et construit avant tout une histoire d’amour universelle. Car même si le combat de Céline est au cœur du récit, c’est surtout la parentalité partagée qui anime le film. Le couple avance avec ses espoirs, ses doutes, ses maladresses, et les bouleversements liés à l’arrivée d’un enfant.
DES PREUVES D’AMOUR est sociologiquement très juste dans sa manière d’aborder le mariage pour tous, le regard des autres, et les formes parfois insidieuses d’homophobie. Mais si le film est subtil dans son propos, il s’avère aussi souvent drôle, très drôle, offrant de véritables moments de comédie, sans jamais trahir la gravité du sujet.
Il y a deux ans, je prédisais le César du meilleur espoir pour Ella Rumpf pour LE THÉORÈME DE MARGUERITE, et elle confirme ici tout son talent : elle porte la force émotionnelle du film, parfois par un simple regard. Son duo avec Monia Chokri fonctionne parfaitement, donnant naissance à des scènes de complicité, de rire, mais aussi de tension palpable.
Pour un premier long-métrage, Alice Douard parvient à mêler douceur, humour et émotion, offrant un film à la fois solaire et engagé. Un film essentiel qui montre que, même si la loi autorise un couple de même sexe à adopter, le processus reste complexe et semé d’obstacles.


