L’OBJET DU DÉLIT
❤️❤️❤️
Entre finesse d’écriture et flou moral, c’est le malaise qui domine…

L’Objet du délit m’a laissé une impression assez troublante, presque inconfortable. La première partie m’a même un peu inquiété : j’ai eu peur d’avoir affaire à une comédie un peu lourdingue sur le mouvement MeToo, avec des effets appuyés et des caricatures faciles. Et puis, petit à petit, le film déjoue cette première impression. Il y a dans l’écriture d’Agnès Jaoui une finesse qui s’installe progressivement, quelque chose de plus subtil qu’il n’y paraît au départ, notamment dans la manière dont les dialogues laissent exister les contradictions des personnages.
Une des réussites de ce film choral est sa façon de faire vivre sa troupe, avec cette énergie collective, ces échanges parfois chaotiques, parfois très drôles, qui donnent le sentiment d’assister à une création en train de se faire. Les egos s’entrechoquent, les générations se confrontent, les points de vue circulent. Agnès Jaoui donne ainsi la parole aussi bien aux femmes qu’aux hommes, aux plus jeunes comme à cette génération boomer.
Mais c’est aussi là que quelque chose m’a dérangé. En voulant faire entendre toutes les voix, le film finit par tout mettre sur le même plan. J’ai bien senti cette volonté de traiter à la fois des violences sexuelles et des dérives ou débordements que certains attribuent au féminisme ou à MeToo. Sur le principe, cette nuance pourrait être intéressante. Dans les faits, elle crée surtout une forme d’ambiguïté qui m’a mis mal à l’aise.
Parce que malgré son apparente neutralité, j’ai souvent eu le sentiment que le film déséquilibrait son regard. Sous couvert de satire qui tape sur tout le monde, il m’a semblé qu’il chargeait davantage certaines figures féministes, parfois caricaturées, tout en accordant une forme de compréhension, voire de compassion, à des comportements masculins problématiques. Et c’est là que le malaise s’est installé pour moi : cette impression que le film cherche à tout comprendre, mais qu’il finit par adoucir la figure des bourreaux.
Du coup, je suis resté dans un entre-deux assez inconfortable. Je reconnais la qualité des comédiens, la précision de certains dialogues, la justesse de certaines observations. Mais je n’ai jamais vraiment réussi à adhérer totalement, parce que le film semble constamment hésiter entre dénoncer et relativiser. À force de vouloir être nuancé, il devient presque flou dans ses intentions, et m’a laissé avec ce sentiment persistant d’un regard qui ne tranche jamais vraiment, au point de me laisser, comme lui, le cul entre deux chaises.
Et la longueur du film n’arrange rien. Avec ses 2h13, il étire inutilement certains effets, jusqu’à répéter des gags qui finissent par perdre de leur efficacité. Celui autour des phallus servant de décor en est l’exemple le plus frappant : amusant au départ, il devient redondant, presque lourd, tout en résumant malgré lui le propos du film. Cette insistance renforce encore cette impression d’un film qui peine à trouver son équilibre, et qui, à force de vouloir en dire trop, finit par se diluer.

