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LA CORDE AU COU

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La corde au cou… de l’otage ou de son ravisseur ?

LA CORDE AU COU

Dans La Corde au cou, Gus Van Sant nous plonge dans un fait divers des années 70, aussi surprenant que méconnu : celui d’un petit promoteur qui prend en otage le fils du PDG de la société de prêts responsable de sa faillite. À partir de ce point de départ, le cinéaste livre une œuvre engagée, explorant les failles d’un système dont les dérives résonnent encore aujourd’hui.

Dès son ouverture, le film frappe fort en nous immergeant dans une prise d’otage tendue et frontale. La mise en scène, à la limite du documentaire, capte l’événement avec une froideur presque clinique. Le grain de l’image, les variations de format et les inserts photographiques donnent le sentiment d’assister non pas à une fiction, mais à une reconstitution vivante, comme si le récit était composé d’archives recomposées.

Au cœur de ce dispositif, Bill Skarsgård impressionne par une interprétation habitée. Il incarne un homme brisé, au bord de la folie, dont la rage, profondément ancrée dans une réalité sociale, devient compréhensible. C’est toute la force du film : créer un véritable attachement tout en maintenant un malaise constant face à ses actes.

Refusant toute glorification ou condamnation, Gus Van Sant adopte une distance qui renforce la portée du propos. Son personnage n’est ni un héros ni un monstre, mais un individu lambda broyé par un système économique, médiatique et social qui le dépasse. Le titre lui-même, La Corde au cou, agit comme une métaphore : celle qui relie l’otage à l’arme, et celle, invisible, des dettes et des pressions qui enserrent peu à peu le ravisseur, jusqu’à l’entraîner dans une spirale irréversible.

Le film trouve également une résonance contemporaine dans sa critique des médias, montrant comment un drame peut devenir spectacle, comment la quête d’audience peut primer sur l’éthique, et comment, en tant que spectateurs, nous participons nous aussi à cette mise en scène du réel.

Mais cette ambition se heurte à ses propres limites. Après un début sous haute tension, le film se replie progressivement dans un huis clos entre le ravisseur et son otage, qui, à force de répétition, finit par nuire à la tension dramatique. Certaines pistes — notamment la relation avec le présentateur radio ou le traitement du procès — auraient gagné à être davantage développées, mais restent finalement survolées, voire expédiées.

Si le film captive par son histoire improbable et la richesse de ses thématiques, il laisse aussi un sentiment de frustration, comme si certaines portes n’avaient été qu’entrebâillées.

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