LA FIN D’OAK STREET
❤️❤️❤️
Un blockbuster qui a du cœur… et des crocs.

On pouvait légitimement craindre un énième film de dinosaures surfant sur Jurassic World, tant la saga semblait avoir déjà largement essoré le sujet. Et pourtant, La Fin d’Oak Streetest une agréable surprise, qui assume pleinement son statut de divertissement estival tout en apportant suffisamment de personnalité pour tirer son épingle du jeu.
Il n’est d’ailleurs pas anodin que David Robert Mitchell situe son intrigue dans les années 80. Le réalisateur puise clairement dans l’héritage des productions Amblin de Spielberg, avec ce mélange de fantastique, d’aventure et de drame familial qui caractérisait une partie du cinéma populaire de cette époque. Car derrière les dinosaures et le spectacle, le film s’intéresse avant tout à la parentalité et à l’unité familiale, en faisant de cette famille confrontée à une situation extraordinaire le véritable cœur du récit. Anne Hathaway, Ewan McGregor et les deux adolescents parviennent ainsi à rendre leurs personnages suffisamment attachants pour que l’on se préoccupe réellement de leur sort.
Le film repose également sur un concept particulièrement high concept, qu’il vaut mieux accepter que chercher à comprendre dans les moindres détails. La mythologie peut parfois sembler floues et certaines explications sont loin d’être totalement satisfaisantes, mais ce n’est finalement pas ce qui importe le plus. Le plaisir vient avant tout de la manière dont le réalisateur exploite son idée et entraîne cette famille ordinaire dans une succession de situations de plus en plus périlleuses.
Et sur le plan du spectacle, la promesse est largement tenue. Les dinosaures sont nombreux, variés et les séquences souvent spectaculaires et inventives. Le film sait constamment renouveler les situations de danger et ne souffre quasiment d’aucun temps mort. Même s’il livre son film le plus mainstream, David Robert Mitchell parvient toutefois à imposer sa patte. Celui qui s’était fait connaître avec le très bon It Follows conserve notamment une véritable maîtrise de la tension. Son sens du cadre, son travail sur les arrière-plans et l’utilisation de compositions en double focale permettent régulièrement de faire exister une menace dans l’image avant même que les personnages ne la perçoivent.
Mitchell s’amuse également avec les codes du blockbuster contemporain, notamment cette tendance à désamorcer systématiquement une scène dramatique par une blague. Il réussit même à retourner ce principe dans une scène particulièrement saisissante, où l’humour attendu devient finalement un élément de malaise et de tension. Car malgré son aspect très grand public, La Fin d’Oak Street se révèle étonnamment sombre. Certaines images sont particulièrement puissantes et plusieurs scènes empruntent clairement au cinéma horrifique.
Tout n’est évidemment pas parfait. La structure reste assez classique, le concept aurait parfois mérité d’être davantage développé et certains comportements de personnages peuvent agacer. On peut également être surpris par un final particulièrement expédié, alors que tout semblait réuni pour faire basculer le film dans un climax véritablement fou et spectaculaire.
Mais le film a surtout le mérite de tenter des choses et de ne jamais donner l’impression de simplement reproduire une formule déjà vue. Sans être révolutionnaire, La Fin d’Oak Street est donc une très bonne surprise, offrant un blockbuster généreux, spectaculaire et efficace.

