LES MISÉRABLES
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Une fresque ambitieuse qui nous rappelle l’importance de la parole donnée.

Après Les Trois Mousquetaires et Le Comte de Monte-Cristo, le cinéma français s’attaque à un autre monument de la littérature avec Les Misérables. Un nouveau défi que Fred Cavayé relève avec une adaptation ambitieuse du chef-d’œuvre de Victor Hugo. Les moyens sont au rendez-vous : décors soignés, costumes travaillés et une véritable volonté de donner vie à cette fresque historique.
Avec près de trois heures au compteur, impossible évidemment de tout raconter. Cavayé est donc contraint de faire des choix, de condenser certains passages et de prendre quelques libertés avec le texte original. Mais il parvient à en tirer une grande fresque romanesque, portée par des destins qui s’entrecroisent et des thèmes toujours aussi puissants : la rédemption, la misère, la justice et le libre arbitre.
Mais Les Misérables, c’est avant tout l’histoire d’un homme qui tient sa parole. Jean Valjean prend un engagement et s’y tient, quitte à bouleverser sa propre existence. Dans un monde où les promesses se font et se défont au gré des intérêts, cette fidélité à la parole donnée prend une résonance particulière. Le film rappelle combien cet engagement, qui devrait être une évidence, semble devenu rare.
Ces misérables ne sont pas seulement ceux que la société condamne à la pauvreté. Tous les personnages, à leur manière, sont prisonniers de leur condition et cherchent une issue. Certains tentent de se racheter, d’autres de survivre, de s’élever ou simplement de ne pas sombrer, quitte à écraser les autres au passage. C’est toute la richesse du récit : personne n'échappe vraiment à sa condition, mais chacun conserve une part de liberté dans la façon de l'affronter. Une galerie de destins qui donne toute sa portée humaine au récit et fait écho, deux siècles plus tard, à des préoccupations toujours aussi actuelles.
Pour donner vie à cette galerie de personnages, le film s’appuie sur un casting quatre étoiles pleinement investi. Vincent Lindon impose sa présence en Jean Valjean, tandis que Tahar Rahim campe un Javert habité par ses convictions. Camille Cottin et Benjamin Lavernhe donnent une nouvelle dimension aux Thénardier. Noémie Merlant compose une Fantine bouleversante, tandis que Marie Colomb rend son personnage particulièrement touchant en lui insufflant une fragilité qui ne laisse pas indifférent.
Cavayé ne se contente d’ailleurs pas de transposer Hugo à l’écran. Il s’autorise plusieurs libertés, notamment en étoffant le passé de Javert ou en faisant de Camille Cottin la véritable tête pensante du couple Thénardier. Des choix qui apportent un éclairage différent à certains personnages, même s’ils risquent de faire tiquer les puristes.
Le film a beau avoir les moyens de ses ambitions, notamment avec ces centaines de figurants, il lui manque parfois une véritable signature visuelle. Tout est soigné, cadré, reconstitué, mais aussi un peu trop propre. Il manque cette crasse, cette promiscuité et cette brutalité qui auraient donné davantage de chair au Paris du XIXe siècle. Loin de l’atmosphère poisseuse et sensorielle du Parfum, Cavayé livre une fresque classique et efficace, mais qui tient parfois davantage de la belle illustration historique que d’une véritable plongée dans son époque.
Deux siècles après Victor Hugo, les misérables n'ont pas disparu. Les inégalités demeurent, les destins se brisent et chacun cherche encore sa porte de sortie. C'est dans cette résonance contemporaine que le film trouve sa véritable force. Malgré une mise en scène parfois trop sage, Cavayé rappelle que les grands classiques ne survivent pas seulement par la beauté de leurs histoires, mais par leur capacité à parler de notre époque.
Sans être irréprochable sur le plan formel, cette adaptation ambitieuse fait ainsi revivre le monument de Hugo avec générosité. Fred Cavayé privilégie le souffle romanesque, l’émotion et la force des destins, quitte à lisser un peu trop les aspérités de son univers. Mais son film remet au premier plan une idée aussi simple qu’essentielle : dans un monde où chacun semble avoir ses raisons de renier ses engagements, tenir parole reste une forme de courage.
Sans être irréprochable dans sa mise en scène, cette adaptation ambitieuse a donc le mérite de faire revivre un monument littéraire avec générosité, en privilégiant le souffle romanesque, l’émotion et la force de son récit.

