MOULIN
❤️❤️❤️
Une expérience de cinéma suffocante, mais un rendez-vous historique frustrant.

Après le choc du remarquable Le Fils de Saul, László Nemes revient avec Moulin, un film qui confirme son incroyable talent pour plonger le spectateur au cœur de l'horreur. Cette fois, le réalisateur s'attaque aux derniers jours de Jean Moulin et livre une œuvre aussi fascinante sur le plan formel qu'éprouvante dans ce qu'elle donne à ressentir.
Il signe un film qui brille avant tout par sa mise en scène. Le travail sur les cadres et la photographie est remarquable, avec une image sombre, des compositions souvent étouffantes et une caméra qui enferme littéralement les personnages.
La première partie flirte avec le polar noir et le film d'espionnage, où chaque personne gravitant autour du héros de la Résistance semble suspecte. Puis, suite à l’arrestation, le récit bascule progressivement dans une atmosphère sombre, anxiogène et particulièrement éprouvante, à travers le face-à-face entre Jean Moulin et Klaus Barbie.
Le réalisateur va même jusqu'à emprunter certains codes du film d'horreur, sans jamais tomber dans le piège du voyeurisme. Bien au contraire, il joue admirablement avec le hors-champ et notre imaginaire, rendant les scènes de torture d'autant plus impressionnantes. Un travail remarquable sur le son contribue également à rendre l'horreur constamment palpable, alors même qu'elle reste souvent invisible à l'écran.
Le véritable atout du film est certainement Gilles Lellouche. À contre-emploi de ses compositions habituellement plus excessives, le comédien surprend par une interprétation sobre et tout en retenue. L'émotion passe énormément par son regard, dans lequel on lit notamment toute la terreur d'un homme confronté à l'impensable. Ses confrontations avec Klaus Barbie constituent le cœur du récit, face à un Lars Eidinger absolument glaçant.
Mais ce choix de se focaliser exclusivement sur les derniers jours de Jean Moulin m’a laissé un sentiment de frustration. Si l'ambiance anxiogène fonctionne parfaitement, les échanges entre le résistant et son tortionnaire, qui occupent une place centrale dans le film, sont largement imaginés. Le récit bascule ainsi davantage dans le thriller psychologique que dans le biopic historique.
D'autant que l'histoire commence peu de temps avant son arrestation, nous laissant finalement très peu de choses à découvrir sur le parcours et la personnalité de Jean Moulin. Un parti pris radical qui donne naissance à une expérience cinématographique puissante, mais dont l'intérêt historique reste finalement très limité.

