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SORDA

❤️❤️❤️💛

Faire ressentir la surdité plutôt que la raconter.

SORDA

Angela, sourde, et Hector, entendant, forment un couple épanoui jusqu’au jour où ils apprennent qu’Angela est enceinte. Le film va d’abord s'attarder sur les inquiétudes du couple et le risque que leur enfant hérite du handicap de sa mère. Mais surtout, le film va s'intéresser à Angela et son ressenti. Que ce soit sa peur de ne pas réussir à être une bonne mère, mais surtout celle de ne pas réussir à établir un lien avec sa fille.

Sorda
impressionne autant par la force de son sujet que par la singularité de sa mise en scène. Eva Libertad García ne se contente pas de raconter cette histoire : elle conçoit un film pensé pour être ressenti de l’intérieur, en repensant en profondeur les codes du cinéma.

Dès les premières scènes, le dispositif se distingue par son accessibilité et son intelligence formelle. Les sous-titres ne traduisent pas seulement les dialogues : ils décrivent aussi les sons, les ambiances, la musique, ouvrant ainsi le film aux spectateurs sourds tout en sensibilisant les entendants à une autre perception du monde. Mais c’est surtout dans la mise en scène que Sorda déploie toute sa puissance. La réalisatrice délaisse souvent les champs-contrechamps classiques pour privilégier des plans larges, laissant exister pleinement les corps et captant avec précision les mouvements des mains et des regards.

Ce choix formel nourrit une immersion sensorielle particulièrement réussie. Le film ne cherche pas à expliquer la surdité, mais à la faire ressentir, plongeant progressivement le spectateur dans une perception du monde différente, jusqu’à un dernier acte saisissant, qui nous fait véritablement basculer dans l’univers d’Angela.

Au-delà de ce travail formel, Sorda pose un regard d’une grande justesse sur les relations entre sourds et entendants. Sans jamais céder au manichéisme, il explore la complexité des liens familiaux et amicaux, faits d’efforts sincères mais aussi de malentendus persistants. Angela évolue dans un monde qui n’est pas pensé pour elle, et le film capte avec finesse ce sentiment d’être toujours légèrement en décalage, jamais tout à fait incluse. Face à cette fatigue, le refuge dans la communauté sourde apparaît non comme un repli, mais comme un espace de respiration, où la communication redevient fluide et évidente.

Le film montre aussi à quel point les gestes les plus simples du quotidien peuvent prendre une dimension inattendue. Un médecin portant un masque devient un obstacle brutal à la compréhension. L’idée de ne pas entendre les premiers mots de son enfant acquiert une portée vertigineuse. Autant de situations ordinaires qui révèlent, sans jamais forcer le trait, la difficulté de vivre dans un monde conçu pour les entendants.

Rare sont les films qui plongent les spectateurs dans le monde des sourds avec autant de justesse (on pense notamment au très bon Sound of metal). En conjuguant une mise en scène audacieuse, une immersion sensorielle rare et un regard profondément humain, Sorda s’impose comme bien plus qu’un drame intimiste : une véritable expérience de cinéma, qui parvient, avec une grande délicatesse, à faire ressentir ce que les mots seuls ne sauraient exprimer.

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