UN GRAND RACCOURCI
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Quand la débrouille donne naissance à un premier film plein de fraîcheur.

Avec Un grand raccourci, Armand Foëx et Clément Devilliers, tous deux âgés de seulement 22 ans, signent leur premier long métrage avec un budget dérisoire de 200 000€. Mais la véritable réussite de ce duo n'est finalement pas d'être parvenu à faire sortir au cinéma un projet aussi improbable : c'est d'en avoir tout simplement fait un bon film.
On va ici suivre deux duos dont les destins vont évidemment finir par se télescoper. D'un côté, Grégoire et Corentin, deux cousins qui se lancent dans un projet de dératisation pour le moins original puisqu'ils vont jusqu'à déposer eux-mêmes les rongeurs chez leurs futurs clients. De l'autre, Maeva qui, pour revendre des bijoux, entraîne Louise dans un concours de Miss régionale, malgré cette règle pour le moins absurde imposant aux participantes de mesurer au moins 1,70m, alors que Louise ne fait que 1,68m. À travers ces deux histoires, le film pose un regard assez juste sur une certaine jeunesse rurale, ses envies d'ailleurs, ses rêves parfois un peu bricolés et surtout sa capacité à se débrouiller pour tenter de parvenir à ses fins.
Car à l'image de ses deux duos, Un grand raccourci est avant tout un véritable hommage à la débrouillardise. Avec son budget modeste, le film aurait facilement pu laisser apparaître ses limites. C'est tout l'inverse qui se produit : Armand Foëx et Clément Devilliers compensent le manque de moyens par une énergie communicative, celle d'un véritable collectif qui semble transpirer à chaque instant à l'écran. Il se dégage ainsi du film une fraîcheur particulièrement agréable, loin des comédies françaises formatées et de leurs recettes trop bien huilées.
Le film fonctionne d'ailleurs avant tout grâce à ses duos, que les réalisateurs parviennent à rendre rapidement attachants, sans jamais les juger. Il y a une réelle justesse dans les relations entre les personnages. Et à cette dimension humaine vient s'ajouter un humour qui fonctionne particulièrement bien, notamment grâce à des situations suffisamment décalées pour surprendre sans jamais donner l'impression de forcer le trait. C'est aussi l'occasion de retrouver Sara Montpetit, que j'avais découverte il y a quatre ans dans le magnifique Falcon Lake, mais aussi Anja Verderosa, qui avait été une révélation l'année dernière dans À l'épreuve du feu.
Il y a évidemment quelques maladresses propres à un premier film, mais elles sont largement compensées par l'énergie et la sincérité du projet. Car ce que l'on retient surtout d'Un grand raccourci, c'est cette impression réjouissante de découvrir un cinéma qui se fabrique entre amis, avec les moyens du bord, mais qui ne manque ni d'idées, ni d'envie, ni de personnalité.
Armand Foëx et Clément Devilliers proposent donc avec ce premier long métrage un film d'une véritable fraîcheur, aussi attachant que surprenant, qui donne surtout très envie de suivre la suite de leur travail.

