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BADJENS

BADJENS

❤️❤️❤️❤️

Un cri de colère pour ces femmes qu’on voudrait invisibiliser.

11.Avignon - 18h40 relâche les 10, 17 juillet

Badjens te prend dès la première image et ne te lâche plus : une adolescente iranienne sur une barricade, en plein mouvement « Femme, Vie, Liberté », prête à brûler son voile. Un geste de révolte brut, mais surtout l’aboutissement d’une vie entière d’oppression.

Et très vite, la pièce fait ce que le théâtre fait rarement aussi frontalement : elle remonte le fil du temps pour expliquer la colère. Pour Zahra, naître signifiait presque déjà mourir. Dans ce monde profondément patriarcal, sa “faute” originelle est simple : être née fille. Point. Non désirée, déjà assignée à une place inférieure, elle grandit sous le poids des injonctions et des humiliations ordinaires.

Et puis il y a ce surnom : “Badjens”, donné par sa mère — “effrontée”, “mauvais genre” — qui agit comme la prophétie de son destin. La pièce déroule alors les étapes de cette existence marquée par les injonctions, les humiliations diffuses et les micro-violences quotidiennes, autant de fragments qui construisent progressivement une colère irréversible.

Au cœur du récit, Alice Rahimi impressionne par une incarnation habitée, presque à vif. En moins d’une minute, elle installe une montée émotionnelle fulgurante qui se traduit déjà par les premières larmes sur son visage. Sans effet, sans surjeu, elle laisse simplement affleurer une colère qui brûle de l’intérieur et saisit immédiatement le spectateur.

La mise en scène accompagne cette tension avec une grande précision. Le clair-obscur sculpte les visages et donne une épaisseur aux silences. Dans cette pénombre travaillée, la chevelure de la comédienne devient un symbole puissant : libre, mouvante, indomptable. Par moments, la pièce offre de véritables tableaux d’une puissance visuelle saisissante.

La musique joue un rôle essentiel dans cette montée en intensité. Portée par un duo présent sur scène, elle mêle chants arabes et musique électro. Dans un pays où il est interdit aux femmes de chanter en public, ces chants prennent une dimension politique évidente, et deviennent le relais lorsque les mots ne suffisent plus.

En fond de scène, des vidéos ponctuent le récit sans l’alourdir, ouvrant des brèches vers le réel et la mémoire collective. Cette sobriété permet l’émergence d’images fortes, où corps, parole et projection se répondent avec intensité.

Peu à peu, le récit individuel bascule en cri collectif. Badjens devient un hommage à toutes ces femmes à qui l’on refuse le droit d’exister pleinement, de disposer de leur corps, de vivre libres.

Un spectacle tendu, frontal, sans échappatoire. Un cri puissant qui laisse une trace indélébile.

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