BIGRE

❤️❤️❤️
Une avalanche d’idées, de gags et de situations absurdes, poussée jusqu’à l’excès.
La Scala Provence - 21h15 relâche les 6, 13, 20 juillet
Ce qui marque d’abord dans Bigre, c’est son inventivité foisonnante, presque sans frein, qui fait basculer le spectacle dans une comédie burlesque totalement déjantée. La pièce assume un humour totalement barré et un théâtre de l’absurde clairement revendiqué, où l’excès devient un véritable moteur comique. Elle fait le choix radical du tout-muet, transformant l’ensemble en une sorte de dessin animé vivant, où les corps, les gestes et les situations remplacent entièrement la parole.
On suit trois personnages vivant dans des chambres voisines, qui vont enchaîner des situations toujours plus absurdes, dans une mécanique de catastrophes et de délires qui ne semble connaître aucune limite. Mais cette proposition très particulière demande une véritable adhésion du spectateur : si l’on est hermétique à cet humour absurde et à cette forme de burlesque poussé à l’extrême, l’expérience peut rapidement devenir une véritable épreuve, tant le spectacle assume pleinement son parti pris.
La mise en scène impressionne par sa capacité à exploiter à 100 % des décors impressionnants, véritables terrains de jeu pour les comédiens. On assiste à une succession de scènes millimétrées et chorégraphiées, où chaque geste semble calculé avec une précision redoutable. L’énergie comique qui se dégage de cette mécanique est indéniable.
Mais même si j’ai souvent ri très franchement devant cette débauche d’idées et de situations, j’ai toutefois ressenti que, sur la longueur, une forme de trop-plein finissait par s’installer. À force d’accumuler les effets et les délires, le spectacle m’a parfois perdu en chemin, provoquant quelques décrochages et une forme de lassitude.
Derrière cette comédie totalement débridée se cache pourtant une dimension plus profonde : celle d’une métaphore sur la solitude moderne. Ces trois personnages, pourtant voisins et proches physiquement, apparaissent comme des êtres incapables de réellement communiquer. Et au milieu de ce chaos burlesque surgissent parfois des moments de tendresse et d’humanité, qui donnent au spectacle une profondeur inattendue.
Au final, Bigre est une proposition radicale, généreuse et assumée, qui enchaîne les folies avec une imagination débordante. Une expérience théâtrale singulière, souvent brillante dans son inventivité, mais dont l’excès permanent peut finir par provoquer une certaine saturation.

