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DESSINER ENCORE

DESSINER ENCORE

❤️❤️❤️❤️

Un hommage vibrant qui fait du dessin une arme de mémoire et de liberté.

Difficile de sortir indemne de Dessiner encore, tant le spectacle parvient à saisir un sujet vertigineux avec une intelligence et une pudeur rares. Ici, rien de frontal, rien de démonstratif. La mise en scène fait le choix de la suggestion, et c’est précisément ce qui la rend si puissante. La scène de l’attentat, d’une inventivité saisissante, marque durablement les esprits sans jamais céder au sensationnalisme.

L’une des grandes réussites du spectacle réside dans ce parti pris fort : faire incarner Coco par trois comédiennes. Loin d’être un simple effet, ce choix donne une profondeur troublante au personnage. Chacune apporte sa nuance, son énergie, ses fragilités, composant un portrait éclaté mais profondément cohérent, celui de cette femme en reconstruction.

Sur scène, les dessins de Coco, issue de sa bande dessinée et des unes de Charlie Hebdo, prennent littéralement vie. Intégrés avec fluidité à la mise en scène, ils prolongent le récit, dialoguent avec le jeu des actrices et renforcent la dimension sensible du spectacle. On navigue ainsi en permanence entre théâtre et bande dessinée, dans un équilibre parfaitement maîtrisé.

Et puis, il y a l’humour. Constant, grinçant, irrévérencieux. Un humour satirique fidèle à l’esprit de Charlie Hebdo, où tout le monde en prend pour son grade. Les comédiennes s’en donnent à cœur joie, multipliant grimaces, postures et silhouettes de bande dessinée pour caricaturer hommes politiques ou autres figures de la Manif pour tous. Un humour qui fait mouche, non pas pour diviser, mais pour rappeler que rire reste un acte de liberté.

Mais Dessiner encore ne se contente pas de raconter : il interroge aussi. Le spectacle propose une réflexion sensible sur les conséquences de ce traumatisme collectif, sur ce qu’il laisse derrière lui, et sur la vague de solidarité qui avait alors traversé la société. En filigrane, c’est tout un après qui se dessine, entre sidération, reconstruction et nécessité de continuer.

Car au-delà de l’hommage, la pièce est aussi une véritable ode à la création. Continuer à dessiner, continuer à rire, continuer à raconter… malgré tout. Comme un acte de résistance autant que de mémoire. Dessiner encore porte ainsi un message profondément humain : celui de la résilience, bien sûr, mais aussi celui de la liberté d’expression et du devoir de ne pas oublier.

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