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FÊLURES

FÊLURES

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Moderne, malin, hilarant : Fêlures bouscule les codes et régale

Chaque année, le Festival OFF est aussi l’occasion de découvrir de nouvelles troupes qui viennent marquer durablement mon parcours de spectateur. Et cette année, Anthony Dubos et sa bande s’imposent sans hésitation dans cette catégorie.


Dès les premières minutes, Fêlures frappe fort avec une proposition hybride mêlant théâtre et cinéma, pour offrir une expérience résolument moderne. Et le ton est donné immédiatement : la pièce démarre sur les chapeaux de roue avec une ouverture terriblement efficace, qui capte l’attention et annonce d’emblée la couleur. Ici, la vidéo est loin d’être un simple gadget : elle fait partie intégrante du spectacle. Fêlures crée un véritable dialogue entre les codes du cinéma et ceux du théâtre… dont les comédiens sortiraient littéralement de l’écran pour prendre vie sous nos yeux. Le procédé devient particulièrement bluffant lorsque les actions à l’image et sur scène se synchronisent avec précision, créant des effets d’une fluidité saisissante.


Ce parti pris est renforcé par une scénographie épurée, dominée par cet écran central, véritable pivot du spectacle. Autour de lui, quelques éléments modulables suffisent à installer les espaces et à soutenir un rythme soutenu. Ce minimalisme sert pleinement la narration et accentue encore cet équilibre entre cinéma et théâtre.


La construction du récit, elle aussi, emprunte au langage cinématographique. Non linéaire, découpée en chapitres, elle n’est pas sans rappeler certains films à la narration éclatée, où plusieurs trajectoires finissent par se percuter au cours d’une même nuit. Trois histoires, trois destins, qui s’entrecroisent progressivement dans une mécanique aussi ludique qu’efficace.


Et pourtant, à trop vouloir souligner l’inventivité formelle du spectacle, on en oublierait presque l’essentiel : Fêlures est avant tout une comédie hilarante. L’écriture fait mouche, le sens du timing est redoutable, et les répliques s’enchaînent à un rythme effréné… tout comme les éclats de rire dans la salle. Cette efficacité est portée par une troupe visiblement heureuse d’être sur scène, dont l’énergie et le plaisir de jeu deviennent rapidement communicatifs, créant un véritable lien avec le public.


Mais derrière les rires, la pièce laisse aussi apparaître ses aspérités. Car ces fameuses “fêlures” donnent au spectacle une profondeur inattendue. Les trois récits ont en commun ces personnages jeunes, un peu paumés, qui font des choix discutables pour tenter de s’en sortir. Des décisions jamais glorifiées, et dont les conséquences viennent constamment les rattraper, apportant au récit une gravité inatendue.


On pourra toutefois noter un léger déséquilibre dans la tonalité de l’humour entre les différents arcs narratifs. Là où le duo masculin assume pleinement un registre burlesque — deux véritables pieds nickelés, accumulant les bourdes avec une efficacité comique redoutable — le duo féminin adopte une approche plus grave. Sans être dénué d’humour, leur parcours apporte une densité émotionnelle qui contraste avec l’énergie plus débridée de leurs homologues masculins.


Enfin, malgré une première mise en scène impressionnante de maîtrise et d’ambition, tout n’est pas encore parfaitement abouti. On pourra notamment regretter un mixage sonore parfois inégal sur les parties vidéo, ainsi qu’un antagoniste au traitement un peu caricatural, dont l’arc apparaît moins abouti que le reste.


Mais cela reste finalement secondaire au regard de la générosité de l’ensemble. Car Fêlures séduit par son audace, son inventivité et le plaisir évident qu’il procure. Une proposition hors normes, portée par une jeune troupe à suivre de très près, et que je vous invite vivement à découvrir.

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