L'AFFAIRE PETIOT

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Une enquête sombre servie par un humour noir d’une redoutable efficacité.
Théâtre Actuel - 15h40 relâche les 8, 15, 22 juillet
La pièce nous plonge dans l’une des plus grandes enquêtes policières françaises avec une efficacité redoutable, en abordant cette affaire criminelle comme un véritable terrain de jeu théâtral. Il y a dans L’Affaire Petiot une vraie dimension de comédie policière, presque celle d’un faux journal d’investigation mis en scène en direct, où l’humour surgit régulièrement au cœur même de l’horreur des faits. Cet humour noir, souvent très bien dosé, fonctionne comme une respiration indispensable : il ne vient jamais gommer la gravité du propos, mais au contraire la rend encore plus saisissante en créant un contraste permanent entre le rire et le malaise.
La scénographie constitue l’un des grands atouts du spectacle, avec ses décors mobiles qui permettent des transitions rapides et fluides, donnant presque une impression de montage cinématographique. On passe d’un lieu à l’autre sans rupture, comme si l’enquête se construisait en temps réel sous nos yeux. Cette dynamique est renforcée par un travail sonore et lumineux particulièrement immersif, qui installe une tension continue et une ambiance oppressante, presque hypnotique.
Le rythme du spectacle est soutenu de bout en bout, porté par un véritable esprit de troupe cher à la mise en scène de Charlotte Matzneff, qui donne à l’ensemble une énergie débordante, presque fiévreuse.
La pièce repose également sur un casting d’une grande justesse, mais ce sont surtout les personnages du commissaire Massu et de son jeune adjoint Barona qui s’imposent comme le cœur du récit. Leur duo constitue sans doute la véritable colonne vertébrale émotionnelle du spectacle.
Romain Lagarde incarne le commissaire avec une autorité naturelle. Il impressionne par sa présence scénique, son charisme et sa puissance vocale. Il m’avait déjà bluffé dans Marius mis en scène par Jean-Philippe Daguerre, et confirme ici une intensité de jeu toujours aussi bluffante.
Son jeune adjoint, Borona, est interprété par Balthazar Gouzou avec une fraîcheur et une justesse qui évitent tout cliché du jeune policier naïf ou maladroit : il apporte au contraire une fragilité et une humanité essentielles à l’équilibre du duo.
Ensemble, les deux comédiens construisent une relation qui évolue subtilement, entre admiration, tension, complicité et désillusion. C’est sans doute là que réside la plus grande réussite du spectacle : parvenir à toucher le spectateur à travers ce lien humain, malgré un ton globalement léger, parfois burlesque, qui traverse l’ensemble.
Le seul véritable bémol, pour moi, concerne la musique jouée en live, qui m’a laissé une impression assez artificielle, ajoutant une couche superflue à un dispositif déjà très riche.
Malgré cela, la pièce reste une proposition très efficace, portée par une mise en scène inventive et un vrai sens du récit vivant, qui réussit à transformer une affaire criminelle glaçante en expérience théâtrale haletante.

