L’ÉCOLE DES FEMMES

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Une simple idée de mise en scène, et Molière n’a jamais été aussi glaçant.
Théâtre du Chêne Noir - 10h15 relâche les 6, 13, 20 juillet
Frédérique Lazarini réussit l’exploit d’apporter une modernité saisissante au texte de Molière par une idée aussi simple que brillante. Dans cette version résolument contemporaine de L’École des femmes, le couvent dans lequel Arnolphe enferme Agnès disparaît au profit d’une cage de verre, symbole puissant de son enfermement. Une cage dans laquelle la jeune femme est filmée en permanence, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, les images étant retransmises en continu dans le salon d’Arnolphe. L’effet est glaçant.
Cette idée transforme profondément la pièce. La comédie de Molière révèle alors une dimension beaucoup plus sombre, faisant de cette chambre une véritable prison où Arnolphe devient un prédateur, façonnant une jeune fille coupée du monde extérieur pour mieux exercer son emprise sur elle. La mise en scène met à nu la violence de cet homme qui prétend protéger Agnès alors qu’il cherche avant tout à la posséder. En creux, le spectacle développe un propos terrifiant sur les mécanismes de prédation et d’emprise, flirtant avec une lecture presque insoutenable tant elle évoque, sans jamais la nommer frontalement, la question de la pédophilie.
Cette cage de verre devient également un formidable espace de jeu, magnifié par une scénographie d’une grande beauté. Elle se transforme lors des rencontres avec Horace, où l’espace semble peu à peu s’ouvrir à la possibilité d’une liberté nouvelle. Elle se métamorphose aussi dans un magnifique moment onirique où Agnès se réfugie dans sa chambre, comme un fragile sanctuaire au cœur de cet univers oppressant. Une image bouleversante, qui révèle toute la naïveté, la douceur et la vulnérabilité du personnage.
Sara Montpetit apporte à Agnès une fragilité désarmante, faisant évoluer son personnage de l’innocence à la prise de conscience avec une grande justesse. Face à elle, Cédric Colas impressionne en Arnolphe. Loin de la caricature tyrannique, il compose un personnage profondément inquiétant, presque monstrueux dans son désir de contrôle, tout en laissant affleurer une humanité troublante dans ses failles et ses moments de fragilité.
La mise en scène assume pleinement sa noirceur et donne une profondeur nouvelle au texte de Molière, sans jamais sacrifier son humour, notamment dans les savoureux quiproquos entre Arnolphe et Horace. Cette relecture contemporaine transforme L’École des femmes en une réflexion puissante sur le patriarcat, l’appropriation du corps des femmes et les mécanismes d’emprise qui traversent encore notre société.

