NE T’ARRÊTE PAS DE COURIR

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Il y a des trajectoires qui dépassent la fiction. Celle de Toumany Coulibaly en fait clairement partie.
Théâtre Actuel - 11h50 relâche les 8, 15, 22 juillet
Athlète de haut niveau le jour, cambrioleur compulsif la nuit : Ne t’arrête pas de courir s’empare de ce destin improbable pour en faire bien plus qu’un simple récit de faits divers. La pièce s’intéresse surtout à la relation qui va naître entre cet homme insaisissable et un journaliste décidé à écrire un roman sur son parcours. Une rencontre, presque un face-à-face, qui devient peu à peu le véritable cœur du spectacle.
Car ici, il n’est jamais question de juger. La pièce pose un regard profondément humain sur cet homme écartelé entre sa soif d’exploit sportif et la spirale destructrice de ses actes. L’athlète, Toumany Coulibaly, intrigue autant qu’il fascine, tant sa lutte intérieure semble permanente, presque dévorante. Sans jamais forcer les émotions, la pièce laisse émerger une forme de compréhension, et surtout un message de rédemption et d’espoir d’une grande sincérité.
Tout repose alors sur le duo de comédiens. Ike Zacsongo incarne un Toumany bouleversant, traversé de contradictions, partagé entre pulsions et espoirs. Une interprétation viscérale, où l’émotion passe autant par le corps que par les mots. Face à lui, Kamel Isker impressionne une nouvelle fois par la puissance de son jeu. Une présence scénique toujours aussi intense depuis que je l’ai découvert dans La main de Leila, qui confirme ici encore son immense capacité à habiter un personnage.
Entre eux, tout se joue dans le regard, dans la tension, dans les silences. Leur relation évolue constamment, naviguant entre vérité et mensonge, jugement et compréhension. Un équilibre fragile, captivant, qui donne au spectacle toute sa profondeur.
Et même si la trajectoire reste prévisible et que les personnages secondaires sont moins travaillés, le récit réussit à captiver notre attention.
La mise en scène de Tristan Petitgirard, moderne, esthétique et maîtrisée, accompagne parfaitement cette dynamique. Le décor, une structure métallique mobile, crée un espace en mouvement permanent, tandis que l’utilisation de la vidéo ne cherche jamais le sensationnalisme, mais vient subtilement renforcer l’atmosphère. Les chorégraphies prolongent le propos en traduisant aussi bien l’effort sportif que les tourments intérieurs des personnages.
Et puis il y a la musique. Fabuleuse. Sara Zinger, présente sur scène, livre en live une bande-son électro d’une puissance folle. Plus qu’un simple accompagnement, elle devient un véritable prolongement du combat intérieur de Toumany Coulibaly. Ses pulsations renforcent la tension, soulignent les émotions des personnages et donnent à la pièce un rythme haletant, presque physique. Une véritable force qui traverse le spectacle et lui confère une intensité supplémentaire. À elle seule, elle vaut presque le détour
Un spectacle fort, humain, et profondément incarné, qui confirme que certaines histoires n’ont pas besoin d’en faire trop pour marquer durablement.

