OLYMPE(S)

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Une révolution théâtrale qui fait exploser les codes et embrase la scène.
J’aime lorsque le théâtre arrive encore à me surprendre, lorsqu’il ose des propositions originales qui sortent des sentiers battus. Avec Olympe(s), l’ambition affichée est à l’image du spectacle lui-même : totalement démesurée. Et c’est justement ce qui fait sa force.
La pièce démarre en 1789, quand Olympe de Gouges tente, en vain, de faire monter sa pièce à la Comédie-Française. Une entrée en matière malicieusement théâtrale, qui invite le théâtre au théâtre et joue avec les codes de la grande tradition de la comédie. Cette première partie, volontairement plus classique, installe un véritable plaisir de jeu et une belle dose d’humour.
Et puis, insidieusement, tout bascule.
À mesure que la Révolution s’installe en France, le spectacle prend une ampleur totalement démesurée. Le ton se libère, devient plus radical, plus électrique, jusqu’à exploser dans une forme révolutionnaire et résolument rock’n’roll. Ce qui n’était qu’un récit dépasse le simple biopic pour devenir une véritable déferlante scénique, qui finit par se transformer en un immense cri de féminisme et de liberté.
À l’image de ses personnages, hauts en couleur et totalement décomplexés, Olympe(s) se moque des codes et des standards parfois trop calibrés du théâtre. La pièce refuse les cases, ose les mélanges, brouille les frontières entre les genres et propose une forme totalement hors norme. Elle passe de la comédie à la poésie, du théâtre historique au concert rock, du rire à l’émotion, avec une liberté folle.
Sur le plateau, ils sont dix. Cinq hommes, cinq femmes — parité oblige — et la troupe va littéralement retourner la scène. Les comédiens envahissent l’espace, multiplient les moments de folie et déploient une énergie sidérante. La force du collectif donne un élan révolutionnaire où ils font monter l’ambiance jusqu’à transformer parfois la salle en véritable salle de concert, avec une énergie communicative qui donne régulièrement envie au public de se lever.
Cette énergie passe aussi par une bande-son particulièrement riche, avec de nombreuses chansons, toutes issues de grandes voix féminines. D’Aretha Franklin à Pomme, en passant par Françoise Hardy, ces morceaux viennent prolonger le propos féministe du spectacle et renforcer cette sensation de liberté permanente qui traverse la scène.
Le spectacle ne tient jamais en place. Il est rythmé, engagé, souvent délicieusement déjanté, et crée un dialogue permanent entre la Révolution française et les combats d’aujourd’hui. Car si Olympe(s) raconte une époque où les femmes commencent à faire entendre leur voix, le spectacle est surtout porté par un message féministe dont la puissance se révèle pleinement lorsqu’il établit des parallèles avec notre société actuelle. La pièce rappelle qu’il y a eu de vraies avancées depuis l’époque d’Olympe de Gouges, mais elle souligne aussi que le chemin à parcourir reste encore terriblement long pour atteindre une véritable égalité entre les femmes et les hommes. Derrière le rire et l’énergie festive, c’est un combat toujours d’actualité qui résonne avec une force particulière.
La pièce s’amuse également à convoquer des figures iconiques de cette période, offrant une galerie de personnages hauts en couleur. Comme ce Robespierre à la prestance saisissante. Mais surtout un inoubliable Beaumarchais aussi misogyne qu’imbu de sa personne, absolument irrésistible, dont chaque apparition et chaque réplique provoquent les éclats de rire du public. Ces personnages participent pleinement à l’énergie du spectacle et à son mélange constant entre humour, Histoire et regard contemporain.
Olympe(s) est un spectacle hors norme qui en met plein la vue et les oreilles. Une véritable explosion scénique où la musique, le jeu, l’humour et l’engagement se mêlent dans un tourbillon permanent. Une création généreuse, furieusement vivante, qui rappelle que le théâtre peut encore surprendre, bousculer les codes et faire vibrer.

