ROSE ROYAL

❤️❤️❤️❤️
Une emprise ordinaire, portée par une comédienne extraordinaire…
Théâtre des Halles - 21h30
Sur un plateau à ciel ouvert, une voix off nous présente Rose, une femme de cinquante ans, rayonnante. D’abord, elle se confie : son apparence, ses enfants, son mariage raté, ses aventures sans lendemain. Elle évoque aussi les humiliations subies, son penchant pour l’alcool, et ses soirées au bar Royal où elle retrouve sa fidèle confidente, Marie-Jeanne.
Malgré la noirceur du fond, la première partie est teintée de légèreté. On rit avec Rose, on s’attache à elle. Il faut dire qu’Anne Charrier illumine la scène. Elle capte l’attention avec une simplicité désarmante, et l’on se suspend à chacune de ses paroles. Son interprétation est d’une rare finesse.
Puis surgit Luc, un inconnu qui fait irruption dans le bar. Le ton bascule vers la comédie romantique : les lumières se teintent de rose, avec ce décor couvert de linge blanc comme pour promettre l’idylle. Rose veut croquer la vie à pleines dents. Pour elle, la cinquantaine est une renaissance.
Mais très vite, le texte fait tomber les illusions : le sujet réel de ROSE ROYAL est bien plus sombre. Les masques tombent. Rose découvre qu’elle est loin d’avoir trouvé son prince charmant.
La pièce glisse alors vers un thriller psychologique glaçant, centré sur la violence et l’emprise qu’elle subit. On entre dans les pensées de cette femme qui, peu à peu, prend conscience de la toxicité de sa relation. Elle tente alors de s’en libérer. Son histoire s’assombrit au rythme du soleil couchant, dans ce théâtre à ciel ouvert.
Ce qui fait la force de ce spectacle, c’est sa justesse. L’histoire semble banale, et c’est précisément ce qui la rend bouleversante. Inutile d’en faire trop pour que le propos frappe en plein cœur. Car chacun connaît, de près ou de loin, quelqu’un qui a vécu cela. ROSE ROYAL met le doigt sur un sujet encore trop souvent tabou, que l’on préfère ignorer, spectateurs comme protagonistes…
Et surtout, ROSE ROYAL, c’est la révélation d’une grande comédienne. Anne Charrier livre une performance puissante et pudique, sans jamais en faire trop. Les émotions passent, sincères, brutes. Et l’on se rend compte qu’on n’a pas vu le temps passer jusqu’à ce final qui nous claque en plein visage.