SUCRER LES FRAISES

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La pièce installe une tendresse qui, elle, ne s’oublie pas…
Les Antonins - 14h20
relâche les 9, 16, 23 juillet
Ce qui frappe d’abord dans Sucrer des fraises, c’est ce choix très juste : ne jamais regarder la maladie d’Alzheimer du point de vue médical ou adulte, mais se placer à hauteur d’enfant. Et ce déplacement change tout, rendant le spectacle immédiatement accessible, y compris aux plus jeunes.
La pièce adopte le regard de Charlie et sa manière singulière d’observer le monde des adulte : un monde qu’il ne comprend pas toujours, qu’il interprète avec ses propres codes, en les apprivoisant par l’imaginaire. Alzheimer ne devient jamais un concept abstrait ou effrayant : c’est une grand-mère qui mélange les souvenirs, qui dit des choses “de travers”, qui glisse doucement ailleurs. Là où un traitement plus frontal aurait pu appuyer la douleur ou la perte, ici la pièce installe au contraire une tendresse infinie et un recul salutaire, évitant le pathos sans jamais nier la réalité.
L’humour joue un rôle essentiel sans jamais écraser l’émotion. Il ne repose pas sur des effets appuyés, mais sur un humour de langage et de perception, profondément ancré dans l’enfance. Les enfants détournent les expressions, les déforment, inventent des logiques qui n’appartiennent qu’à eux. Et c’est précisément dans ces décalages que le spectacle touche juste : des glissements de sens qui font sourire tout en révélant une vérité sensible.
Ce regard enfantin se retrouve jusque dans la mise en scène inspirée et volontairement naïve. Costumes et décors semblent sortis d’un carnet d’enfant, avec ces panneaux dessinés que l’on déplace pour faire exister les lieux, comme si l’espace lui-même devenait un terrain de jeux sous nos yeux.
Et puis il y a cette idée centrale, aussi audacieuse que bouleversante : la grand-mère incarnée par une marionnette à taille humaine. Au départ, l’effet surprend et déstabilise. On se demande si le dispositif ne va pas créer une distance, voire casser l’émotion. Et pourtant, c’est tout l’inverse qui se produit.
Très vite, cette marionnette devient le moteur émotionnel. Son corps articulé, légèrement décalé, ses mouvements parfois flottants traduisent physiquement ce que les mots ne peuvent pas dire : la perte de repères, les absences, les retours fugaces à la présence. Mais surtout, dans ses interactions avec Charlie, quelque chose de profondément touchant émerge. Peu à peu, on oublie la marionnette pour ne voir que la relation à la fois fragile, tendre et bouleversante.
Avec Sucrer des fraises la Compagnie Hors du Temps, surprend là où on ne l’attendait pas. Habituée à des formes plus frontalement politiques, elle opère ici un virage vers l’intime, sans rien perdre de sa justesse. Car sous cette apparente douceur se cache une autre manière de décrire le monde : plus sensorielle, plus fragile, mais tout aussi essentielle.

