RESIDENT EVIL
❤️❤️❤️❤️
Plus que la meilleure adaptation de jeu vidéo : un vrai grand film horrifique

Sur le papier, un Resident Evil version 2026 avait de quoi faire peur — et pas dans le bon sens du terme. Quand on se souvient des purges signées Paul W.S. Anderson, difficile d’aborder ce reboot autrement qu’avec méfiance.
Mais c’était sans compter sur Zach Cregger.
Déjà à l’origine du prometteur Barbare et du très sympathique Évanouis, le réalisateur confirme son talent de mise en scène. Même si ses précédents films ont pu diviser, une chose est sûre : quand on lui met une caméra entre les mains, il sait exactement quoi en faire.
Plutôt que de recycler les codes fatigués de la saga, Cregger prend un virage radical. Il s’approprie totalement la licence, s’éloigne du côté bourrin des anciens films et revient à l’essence même du jeu vidéo : le survival horror. Tension constante, ambiance glauque, sentiment d’insécurité… tout est là.
Et son choix le plus audacieux est sans doute de faire table rase des personnages iconiques. Ici, pas de héros surentraîné : le film suit un simple livreur, vulnérable, maladroit, profondément humain. Un personnage immédiatement attachant, qui renforce l’immersion et permet une identification presque instinctive du spectateur.
Pour autant, les fans ne sont pas oubliés. Mais là où beaucoup auraient enchaîné les fan service stériles, Cregger fait le choix inverse : il cherche avant tout à retranscrire une véritable expérience vidéoludique. Le film regorge ainsi de références au gameplay, avec une progression en zones fermées, comme autant de niveaux à franchir. On retrouve aussi une gestion des munitions qui renforce la tension en limitant les ressources et en forçant des choix sous pression. À cela s’ajoutent des clins d’œil particulièrement malins : portes à ouverture ralentie, caméra qui accompagne la découverte des lieux, et surtout ces cadenas à répétition, devenus un running gag aussi inattendu que savoureux.
Techniquement, c’est une vraie claque. Mise en scène millimétrée, travail sur la lumière et les couleurs remarquable, tension parfaitement dosée : chaque plan semble pensé pour maintenir le spectateur sous pression.
Par ailleurs, le film est plutôt court, mais compense largement par un rythme particulièrement effréné. Le héros est constamment propulsé d’une épreuve à l’autre, dans une montée en tension continue. Tout s’enchaîne sans temps mort, jusqu’à un final grandiloquent absolument jouissif, où le film explose totalement. Et comme souvent chez Cregger, la dernière partie part en roue libre complète, assumant un délire total extrêmement fun.
La mise en scène se distingue également par une excellente gestion des jump scares, souvent placés à des moments inattendus, sans céder aux facilités habituelles du genre. Au contraire, on voir souvent les créatures arriver de loin, créant un compte à rebours renforçant la tension ressentie.
Et surtout, le film impressionne par son inventivité et sa générosité. Que ce soit dans la variété des situations proposées, avec de nombreuses scènes marquantes qui s’enchaînent sans jamais se répéter, ou dans la richesse de son bestiaire, constamment renouvelé et toujours surprenant, le film assume pleinement son côté fun.
Mais évidemment, on ne retiendra pas le film pour son scénario, volontairement simple et fonctionnel. Les personnages secondaires n’y font souvent que de brèves apparitions, tels des PNJ, même si certains parviennent malgré tout à marquer durablement l’écran (la séquence du camping-car est un véritable master class).
Là où Resident Evil surprend vraiment, c’est dans son ton. Car oui, on rit… beaucoup. Le film embrasse pleinement la comédie horrifique, dans une veine qui évoque clairement Sam Raimi, avec des passages qui lorgnent sans complexe du côté de Evil Dead 2.
Les influences sont d’ailleurs assumées : on pense aussi à John Carpenter, notamment dans le traitement du body horror et dans une bande-son qui rappelle parfois Ennio Morricone. Mais Cregger ne copie pas : il digère, mélange, et recrée
Et c’est sans doute là sa plus grande réussite : maîtriser à ce point le mélange des genres. Horreur, humour, tension, références… tout cohabite avec une fluidité étonnante, au service d’une ambiance constamment maîtrisée.
Au final, ce Resident Evil s’impose non seulement comme la meilleure adaptation de jeu vidéo jamais vue au cinéma, mais aussi comme l’un des films les plus fun de l’année. Qu’on connaisse ou non la licence, on en ressort avec un vrai sentiment de manège hanté, comme si l’on venait de traverser un train fantôme parfaitement orchestré — terrifiant, gore, drôle et totalement jubilatoire.

