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- Critique de WEREWOLF BY NIGHT – Avis & analyse par Critiques d'un passionné
Découvrez notre critique détaillée du film WEREWOLF BY NIGHT . WEREWOLF BY NIGHT ❤️❤️❤️💛 En fait, Marvel c'est comme les monstres dans les films, tu les crois morts, mais ils trouvent le moyen de se relever pour mieux te surprendre... Et ça tombe bien, car WEREWOLF BY NIGHT est un véritable hommage à la Hammer et ses films d'horreur d'antan... Comme WandaVision et les sitcoms, ça respecte tous les codes du genre. Que ce soit la musique, ce superbe noir et blanc, le grain argentique, le côté kitch, les effets spéciaux à l'ancienne, le surjeu théâtralisé... Ça pousse même le truc jusqu'aux fameuses "brûlures de cigarette" (cette petite marque sur la pellicule qui indiquait l'approche de la fin de la bobine). Alors, oui, ça ne réinvente pas la poudre, et en 50 minutes, il n'y a pas vraiment le temps de développer un réel scénario, mais quel plaisir de voir un projet Marvel qui sort à ce point du lot. D'autant plus que le moyen métrage propose tout de même quelques belles idées de mise en scène, comme cette transformation hors-champ aussi belle qu'inspirée. Bref, sans être une révolution, c'est fait avec énormément de respect, et de générosité et ça mérite amplement d'y jeter un oeil. Après, même si c'est apparemment tiré d'un personnage des comics, le lien avec le MCU n'est pas évident (bon, en même temps, on a un peu l'impression qu'ils ne savent plus trop où ils vont en ce moment...) Partager
- Quand le stand-up devient une thérapie conjugale à ciel ouvert.
Découvrez notre critique détaillée du film IS THIS THING ON ? . Quand le stand-up devient une thérapie conjugale à ciel ouvert. IS THIS THING ON ? ❤️❤️💛 Quand le stand-up devient une thérapie conjugale à ciel ouvert. Alex, un quinquagénaire sur le point de divorcer, se lance par hasard dans le stand-up et tente d’y trouver un nouveau sens à sa vie. Le film dissèque un couple dont les années et la routine ont peu à peu éteint la flamme. Au bord de la dépression, Au bord de la dépression, Alex découvre que la scène pourrait être une forme de thérapie : chaque représentation devient une confession publique, où le public tient lieu de psy et où il tente de raviver l’étincelle, en lui comme dans son couple. Il est d’ailleurs rafraîchissant de voir le cinéma s’intéresser à un couple mature, loin des standards habituels de la comédie romantique. Will Arnett livre une prestation sensible, tout en retenue, tandis que Laura Dern lui offre une réplique tout aussi subtile. La mise en scène de Bradley Cooper est intimiste : caméra au plus près des corps, plans-séquences qui gravitent autour des personnages, impression constante d’être enfermé avec eux dans leur crise conjugale. Certains moments sont particulièrement inspirés, notamment l’entrée en scène lors du dernier numéro de stand-up. Mais malgré ces qualités indéniables, je suis malheureusement resté à distance. Si le film a le mérite de s’intéresser au stand-up, un univers rarement exploré au cinéma, les scènes censées déclencher le rire m’ont laissé de marbre. Et surtout, j’ai ressenti le même blocage que devant Marriage Story — et plus largement certaines comédies romantiques new-yorkaises : une difficulté à m’attacher à des personnages qui me paraissent déconnectés du réel. La seconde partie, davantage centrée sur la remise en question du couple, gagne en profondeur… mais l’ennui s’était déjà installé. Partager
- Ce monstre de cinéma qui aurait mérité de prendre vie dans une salle obscure.
Découvrez notre critique détaillée du film FRANKENSTEIN . Ce monstre de cinéma qui aurait mérité de prendre vie dans une salle obscure. FRANKENSTEIN ❤️❤️❤️❤️ Ce monstre de cinéma qui aurait mérité de prendre vie dans une salle obscure. Deux ans après avoir adapté avec brio PINOCCHIO , Guillermo Del Toro s’attaque à un monument de la littérature avec FRANKENSTEIN. Un choix qui apparait comme une évidence, tant cette œuvre fantastique colle parfaitement à l’univers du réalisateur. Elle devient un formidable terrain de jeu, avec ce mélange de conte, d’horreur, de romantisme et de poésie qu’affectionne Del Toro. Rarement l’horreur n’aura été aussi belle à l’écran. Visuellement, le film est un régal. Les décors gothiques et les costumes somptueux plongent immédiatement dans l’ambiance du XIXᵉ siècle, tandis que le travail sur les couleurs, associant chaque personnage à une teinte particulière, transforme chaque plan en tableau. Les clair-obscurs rappellent l’œuvre de Caravage, et la musique d’Alexandre Desplat sublime la dualité entre horreur et beauté. Seul bémol : certains effets numériques, notamment sur les animaux, manquent de réalisme. Encore une fois, il y a une énorme frustration de ne pas pouvoir découvrir une telle œuvre dans une salle de cinéma. Mais FRANKENSTEIN ne se limite pas à sa beauté visuelle. Del Toro explore en profondeur les thèmes du roman : solitude, rejet, quête de savoir et responsabilité morale. Il multiplie les détails et les symboles, notamment sur la religion. Mais surtout, il nous livre une fable philosophique profonde où Dr Frankenstein et sa créature deviennent les deux faces d’une même pièce, chacun enfermé dans son isolement et confronté à sa monstruosité. Le réalisateur a toujours montré son amour pour les monstres et en fait le point d’orgue de son film rendant Victor Frankenstein bien plus monstrueux que sa créature. Et même s’il prend quelques libertés avec le roman, il réussit à offrir une véritable humanité à la créature. Le film doit aussi beaucoup à son casting. Oscar Isaac est habité par ce scientifique obsédé par ses ambitions, rongé par l’orgueil et les remords. Mais c’est Jacob Elordi, découvert dans EUPHORIA , qui impressionne le plus. L’acteur trouve ici son plus beau rôle, avec un jeu reposant énormément sur le corps et le regard rendant la créature à la fois fragile et terrifiante. Bien plus qu’un film d’horreur, le FRANKENSTEIN de Del Toro est une tragédie romantique sur la condition humaine et un des très grands films de l’année. Il signe non seulement une réinvention du mythe, mais une déclaration d’amour aux monstres et à l’humanité. Partager
- Un anti-film de gangster sur fond de relation filiale
Découvrez notre critique détaillée du film LE ROYAUME . Un anti-film de gangster sur fond de relation filiale LE ROYAUME ❤️❤️❤️💛 Un anti-film de gangster sur fond de relation filiale Même si le sujet des gangs Corses est central dans le récit, LE ROYAUME est finalement un anti-film de gangsters qui éloigne des codes habituels du genre. Ici, les gangsters ne sont jamais glorifiés et et le film déconstruit le mythe du grand banditisme. Il y même très peu d’action et les guerres de territoires et de clans passent même au second plan. Le réalisateur fait le choix audacieux de raconter l’histoire du point de vue de la fille du chef de gang. Le film met ainsi le spectateur dans la peau de l’adolescente et, comme elle, il découvre peu à peu les enjeux d’un univers qui lui est inconnu. Certains spectateurs risquent d’être perdu par le rythme assez lent, les dialogues et le fait que certaines questions n’ont pas de réponses. Mais c’est précisément ce qui fait la force du film, installant une tension palpable et en créant une atmosphère d'incertitude continue. Mais surtout, le sujet principal n’est pas la guerre des gangs, mais plutôt la relation filiale de cette jeune fille, qui apprend à mieux connaître son père et le milieu dans lequel il évolue. Le film aborde également l’impact des choix de vie du père sur sa famille et l’héritage de la violence. Le casting, composé principalement d’acteurs non professionnels, est convaincant, malgré des phrasés parfois inhabituels. Les silences et les non-dits sont très présents et c’est là que le regard, aussi puissant qu’expressif, de Ghjuvanna Benedetti apporte une intensité particulière qui remplace bien souvent les mots. On notera aussi le charisme de Saveriu Santucci dont l’aura domine le film. Mais c’est surtout l’alchimie entre les deux acteurs dans la relation père-fille qui brille par son authenticité. Les moments de complicité semblent capturés sur le vif, et donnent l'impression de partager des instants de vie volés. Avec des échanges d’un naturel bluffant, ils parviennent à toucher le spectateur. Le film s’éloigne ainsi des standards des films de gangster pour finalement proposer un drame intimiste et universel. Partager
- Critique de MEMORIES OF MURDER – Avis & analyse par Critiques d'un passionné
Découvrez notre critique détaillée du film MEMORIES OF MURDER . MEMORIES OF MURDER ❤️❤️❤️❤️❤️ Bong Joon Ho a connu la consécration auprès du grand public grâce à PARASITE, pourtant il n’avait pas attendu ce film pour pondre des chefs d’œuvre. La qualité de sa filmographie est d’ailleurs impressionnante. MEMORIES OF MURDER est celui qui m’avait permis de découvrir ce réalisateur qui est devenu un de mes préférés. On y suit la traque de ce qui est considéré en Corée du Sud comme le premier serial killer du pays. C’est un immense polar, mais on est très loin des standards hollywoodiens et le réalisateur se concentre énormément sur l’évolution de ses personnages et dresse un constat sidérant de l’amateurisme de leurs méthodes qui ont fait de cette chasse à l’homme un véritable fiasco. Comme toujours chez lui, l’écriture est exemplaire et il créer des ruptures de tons impressionnantes. On bascule régulièrement du thriller sombre, à la comédie burlesque et cynique, tout en réussissant à parfois être déchirant, mais aussi une critique saisissante de son pays dans les années 80. Le mélange des genres est extrêmement précis et fonctionne à merveille. Sa mise en scène est exemplaire, Bong Joon Ho a un réel sens du cadre avec notamment une très bonne gestion des arrières plans. La photographie a beau être poisseuse, certains plans sont vraiment magnifiques et ça fourmille de détails, jusqu’à une dernière scène pleine de sens, qui interroge le spectateur et reste gravé en mémoire… Partager
- Un thriller politique anti-spectaculaire, mais fascinant
Découvrez notre critique détaillée du film L'AGENT SECRET . Un thriller politique anti-spectaculaire, mais fascinant L'AGENT SECRET ❤️❤️❤️ Un thriller politique anti-spectaculaire, mais fascinant Ce thriller politique, situé dans le Brésil des années 70, nous fait suivre Marcelo, un homme traqué par le régime militaire, qui tente de se reconstruire tout en recréant un lien avec son fils. À travers son parcours, le film dénonce la dictature qui gangrenait alors le pays. Difficile de ne pas penser au très bon JE SUIS TOUJOURS LÀ, sorti en début d’année, tant les deux œuvres dialoguent dans leur manière d’aborder la mémoire et la répression politique. Dès la scène d’ouverture, le spectateur est saisi par la maîtrise de la mise en scène. En quelques minutes, le film installe une ambiance poisseuse et oppressante, plongeant immédiatement dans la peur et la paranoïa propres à cette époque. À elle seule, cette ouverture fonctionne comme un véritable court-métrage d’une efficacité redoutable. Kleber Mendonça Filho démontre à plusieurs reprises l’étendue de son savoir-faire, en proposant des plans soigneusement composés et une direction précise, où chaque cadre renforce la tension politique et émotionnelle du récit. Le film n’a clairement pas volé sa Palme de la mise en scène à Cannes. L’AGENT SECRET adopte un ton à la fois original et surprenant dans sa manière d’aborder des thèmes lourds comme la dictature et l’oppression. Il joue constamment avec les genres, alternant moments de gravité, touches d’humour noir et élans presque poétiques. Il se permet même quelques fulgurances mémorables, comme cette scène totalement folle autour d’une jambe coupée, à la fois dérangeante et très maligne pour ce qu’elle raconte. Le film reste toutefois exigeant. Pour l’apprécier pleinement, il faut accepter son rythme lent, contemplatif et résolument anti-spectaculaire. On est très loin d’un film d’espionnage classique, malgré ce que pourrait laisser entendre son titre. D’autant plus que sa durée conséquente (2h40) fait que le film souffre de quelques longueurs. Et la multiplication des intrigues et des personnages complexifie le récit, au risque de parfois perdre le spectateur. Le réalisateur multiplie également les références au cinéma des années 70, de Spielberg à Richard Donner, ancrant davantage le film dans son époque tout en rendant un bel hommage au septième art. Ces références ne sont jamais gratuites : elles permettent aussi d’évoquer la manière dont le cinéma de cette décennie façonnait l’imaginaire collectif. Enfin, l’une des grandes forces du film réside dans son casting remarquable. Wagner Moura, en tête, confirme tout le bien que l’on pense de lui depuis NARCOS, où il incarnait Pablo Escobar. Mais les seconds rôles sont tout aussi marquants, offrant de véritables gueules de cinéma. Mention spéciale à Tânia Maria, inoubliable dans le rôle de la tenancière du refuge. Même si j’ai trouvé que le film s’éparpillait par moment et m’a laissé parfois à distance, il n'en reste pas moins une œuvre à la fois originale et fascinante. Partager
- Critique de LE RÈGNE ANIMAL – Avis & analyse par Critiques d'un passionné
Découvrez notre critique détaillée du film LE RÈGNE ANIMAL . LE RÈGNE ANIMAL ❤️❤️❤️❤️ Dans un futur proche où une partie de la population se transforme en animaux, un père et son fils s’embarquent dans une quête qui bouleversera à jamais leurs existences. Voici donc un film de genre français, ce qui risque de faire peur à pas mal de spectateurs, mais vous auriez tort de passer à côté, car on a film fantastique qui n’a pas à rougir des productions hollywoodiennes tout en ayant sa propre personnalité. Ce n’est d’ailleurs pas étonnant qu’il ait fait partie de la shortlist des cinq films présélectionnés pour représenter la France aux Oscars. Techniquement, le film est extrêmement maitrisé et vraiment généreux en termes de créatures, d’autant plus qu’il rentre directement dans le sujet. Le film s’est donné les moyens de ses ambitions (15 millions de budget est plutôt conséquent pour une production de genre Française) et si il est loin des budgets astronomiques des grosses productions américaines, il exploite le moindre euro pour rendre les « bestioles » bluffantes de réalisme. Il y a un énorme travail sur les maquillages et les prothèses rendant chaque apparition de créature saisissante, ou flirtant parfois avec le body horror. Un peu comme THE CREATOR, la semaine dernière, le rendu réaliste du film met à l’amende pas mal de grosses productions qui bâclent leurs effets spéciaux à base de FX douteux… D’autant plus que le film est aidé par une photographie et une mise en scène souvent très inspirées, donnant des plans qui marque la rétine. La scène d’ouverture est de ce point de vue exemplaire, flirtant avec les codes du film catastrophe, mais je pense aussi à cette scène dans un champ visuellement éblouissante. Mais le film ne brille pas uniquement par la forme, mais aussi par le fond. La relation entre le père et son fils, mais surtout l’évolution de leurs personnages, sont exemplaires. Romain Duris, comme toujours, impressionne par son talent d’acteur et apporte énormément d’émotion au film. Mais la vraie découverte, c’est Paul Kircher. Même, si j’étais dubitatif sur les premières minutes, plus le film avançait, plus il a réussi à m’emporter pour être finalement LE grand atout du film. Sans jamais en faire des caisses, le duo arrive à profondément toucher le spectateur. Après, le film n’est pas exempt de défauts, mais je les lui pardonne, tant la proposition du film est généreuse. On pourra regretter que l’excellente Adèle Exarchopoulos n’ait ici qu’un rôle anecdotique, un peu comme tous les seconds rôles, mais c’est surement ce qui permet de se concentrer sur la relation père-fils qui est au cœur du film. De même il y a quelques facilités scénaristiques, ou bien un côté un peu manichéen, avec « ces gentilles créatures confrontées à de méchants humains »… Je pense que le film aurait surement gagné à nuancer son propos, avec par exemple un drame impliquant les créatures qui expliquerait la haine de certains humains, car au final l’allégorie sur le racisme est un peu basique… Mais LE RÈGNE ANIMAL est incontestablement un des meilleurs films français de l’année. Souvent je dis qu’on a le cinéma que l’on mérite, donc je vous invite vivement à découvrir au cinéma pour que plus de productions de ce type puissent voir le jour. Partager
- Critique de THE NIGHTINGALE – Avis & analyse par Critiques d'un passionné
Découvrez notre critique détaillée du film THE NIGHTINGALE . THE NIGHTINGALE ❤️❤️❤️❤️ Le film prend place au début du dix-neuvième siècle, et abordera le colonialisme australien et le racisme, en en faisant bien plus qu’un prétexte pour placer son histoire. Notre héroïne, esclave partie en chasse de ses bourreaux, fera appel à un aborigène pour lui servir de guide dans la forêt tasmanienne. La relation entre ces deux personnages qui vont apprendre à se connaitre fait merveille et est au centre du film. Elle y sera même pour beaucoup dans sa réussite. Mais bien sûr le thème principal du film sera le deuil, admirablement traité à travers toutes ses phases, la colère, la culpabilité, la tristesse, le désir de vengeance… Le film ne fait jamais l’erreur de faire de son personnage une femme badass qui dézingue à tout va. Au contraire, ses réactions restent souvent humaines, on y croit et ça aide énormément à l’empathie qu’on ressent pour elle. Tout cela aidé par une interprétation de haut vol de l’actrice qui nous fait ressentir ses émotions. Au final le film ressemble bien plus à un Impitoyable ou un Délivrance qu’à un I spit on your grave. Bref, même si il ne plaira pas à tout le monde, je vous invite à découvrir ce film intense, tout en sachant que l’expérience sera extrêmement éprouvante. Partager
- Faire ressentir la surdité plutôt que la raconter.
Découvrez notre critique détaillée du film SORDA . Faire ressentir la surdité plutôt que la raconter. SORDA ❤️❤️❤️💛 Faire ressentir la surdité plutôt que la raconter. Angela, sourde, et Hector, entendant, forment un couple épanoui jusqu’au jour où ils apprennent qu’Angela est enceinte. Le film va d’abord s'attarder sur les inquiétudes du couple et le risque que leur enfant hérite du handicap de sa mère. Mais surtout, le film va s'intéresser à Angela et son ressenti. Que ce soit sa peur de ne pas réussir à être une bonne mère, mais surtout celle de ne pas réussir à établir un lien avec sa fille. Sorda impressionne autant par la force de son sujet que par la singularité de sa mise en scène. Eva Libertad García ne se contente pas de raconter cette histoire : elle conçoit un film pensé pour être ressenti de l’intérieur, en repensant en profondeur les codes du cinéma. Dès les premières scènes, le dispositif se distingue par son accessibilité et son intelligence formelle. Les sous-titres ne traduisent pas seulement les dialogues : ils décrivent aussi les sons, les ambiances, la musique, ouvrant ainsi le film aux spectateurs sourds tout en sensibilisant les entendants à une autre perception du monde. Mais c’est surtout dans la mise en scène que Sorda déploie toute sa puissance. La réalisatrice délaisse souvent les champs-contrechamps classiques pour privilégier des plans larges, laissant exister pleinement les corps et captant avec précision les mouvements des mains et des regards. Ce choix formel nourrit une immersion sensorielle particulièrement réussie. Le film ne cherche pas à expliquer la surdité, mais à la faire ressentir, plongeant progressivement le spectateur dans une perception du monde différente, jusqu’à un dernier acte saisissant, qui nous fait véritablement basculer dans l’univers d’Angela. Au-delà de ce travail formel, Sorda pose un regard d’une grande justesse sur les relations entre sourds et entendants. Sans jamais céder au manichéisme, il explore la complexité des liens familiaux et amicaux, faits d’efforts sincères mais aussi de malentendus persistants. Angela évolue dans un monde qui n’est pas pensé pour elle, et le film capte avec finesse ce sentiment d’être toujours légèrement en décalage, jamais tout à fait incluse. Face à cette fatigue, le refuge dans la communauté sourde apparaît non comme un repli, mais comme un espace de respiration, où la communication redevient fluide et évidente. Le film montre aussi à quel point les gestes les plus simples du quotidien peuvent prendre une dimension inattendue. Un médecin portant un masque devient un obstacle brutal à la compréhension. L’idée de ne pas entendre les premiers mots de son enfant acquiert une portée vertigineuse. Autant de situations ordinaires qui révèlent, sans jamais forcer le trait, la difficulté de vivre dans un monde conçu pour les entendants. Rare sont les films qui plongent les spectateurs dans le monde des sourds avec autant de justesse (on pense notamment au très bon Sound of metal ). En conjuguant une mise en scène audacieuse, une immersion sensorielle rare et un regard profondément humain, Sorda s’impose comme bien plus qu’un drame intimiste : une véritable expérience de cinéma, qui parvient, avec une grande délicatesse, à faire ressentir ce que les mots seuls ne sauraient exprimer. Partager
- Sous la douceur de l’enfance, l’ombre d’une dictature.
Découvrez notre critique détaillée du film LE GÂTEAU DU PRÉSIDENT . Sous la douceur de l’enfance, l’ombre d’une dictature. LE GÂTEAU DU PRÉSIDENT ❤️❤️❤️💛 Sous la douceur de l’enfance, l’ombre d’une dictature. Dans l’Irak de Saddam Hussein, les habitants sont contraints de célébrer chaque année l’anniversaire du dictateur. Lamia, 9 ans, est tirée au sort dans son école pour préparer le gâteau officiel. Accompagnée de son coq, elle traverse la ville à la recherche d’ingrédients devenus rares sous l’effet de l’embargo. Une mission en apparence simple qui se transforme rapidement en véritable odyssée. La mise en scène de Hasan Hadi immerge le spectateur dans l’Irak des années 90 sans jamais céder au spectaculaire. Tourné sur place avec des acteurs non professionnels, le film adopte une approche quasi documentaire qui renforce puissamment son réalisme. Certains plans, d’une grande sobriété, s’impriment durablement en mémoire. Le film refuse toute surenchère émotionnelle : pas de musique envahissante, pas de scènes larmoyantes. Cette retenue donne au récit une authenticité rare, d’autant plus forte que le point de vue adopté est celui d’une enfant. À hauteur de Lamia, LE GÂTEAU DU PRÉSIDENT prend les allures d’une fable politique, où l’absurde devient un outil de dénonciation redoutablement efficace. La dictature n’est jamais montrée frontalement : elle se fait sentir par une pression diffuse, omniprésente, presque invisible. Le spectateur, comme la fillette, ne comprend pas toujours les règles, mais en ressent pleinement les effets. Ce regard enfantin constitue la grande force du film, rendant l’oppression d’autant plus troublante qu’elle est vécue comme normale. Sans juger ses personnages, Hasan Hadi dépeint une société coincée dans l’entre-deux : ni héroïque, ni totalement soumise. Les adultes contournent, aident, se taisent. Cette absence de résistance spectaculaire rend le portrait d’autant plus crédible et dérangeant. Le film flirte par moments avec la comédie, sans jamais trahir son propos. Le coq qui accompagne Lamia, tout comme le ridicule des situations imposées par le régime, introduisent un humour discret qui souligne encore davantage l’absurdité du pouvoir. Pour un premier film, Hasan Hadi n’a clairement pas volé sa Caméra d’or à Cannes. Il signe une œuvre maîtrisée, sans artifice et d’une grande délicatesse, dont la douceur apparente dissimule une vision profondément inquiétante du pouvoir autoritaire. Partager
- Un monument cinématographique… que j’aurais préféré visiter plus vite.
Découvrez notre critique détaillée du film THE BRUTALIST . Un monument cinématographique… que j’aurais préféré visiter plus vite. THE BRUTALIST ❤️❤️❤️ Un monument cinématographique… que j’aurais préféré visiter plus vite. Devant ce film, j’ai eu la sensation d’être au musée, face à une œuvre d’art que tout le monde admire. Tu la trouves magnifique, mais tandis que tu aimerais changer de salle, les autres restent figés à la contempler… Évidemment, le film a de nombreuses qualités. Le premier tour de force du film est de nous faire croire à la véracité de l’histoire qui se déroule sous nos yeux. Il est construit comme le biopic de cet architecte hongrois fuyant l’Europe d’après-guerre. Mais surtout, c’est assez hallucinant de voir une telle maîtrise visuelle avec un budget de seulement dix millions de dollars. Visuellement, c’est un sans-faute, avec des plans millimétrés et ce rendu si particulier du Vistavision, offrant des images sublimes et un grain ancrant le film dans son époque. De ce côté-là, c’est une déclaration d’amour aux films d’antan. Le film enchaîne aussi les plans marquants, comme celui repris sur l’affiche avec la statue de la Liberté inversée, symbolisant ce rêve américain illusoire… Il nous offre également quelques plans-séquences saisissants, avec notamment cette scène d’ouverture oppressante. La photographie et le soin apporté au rapport d’échelle enfoncent le clou : c’est un vrai régal pour les yeux. Autre énorme atout du film : son casting. Bien sûr, Adrien Brody en tête, qui livre ici probablement son interprétation la plus saisissante, incarnant un personnage torturé, résilient et combatif. Et même si la polémique sur l’usage de l’IA pour améliorer son accent fait débat, il mérite certainement l’Oscar cette année. (En suivant ce raisonnement, faudrait-il remettre en cause l’interprétation de John Hurt dans ELEPHAN MAN sous prétexte qu’il était maquillé ?). Guy Pearce et Felicity Jones ne sont pas en reste et impressionnent par la justesse de leur jeu. Le film aborde de nombreux thèmes. Bien sûr, l’architecture, mais ce n’est finalement qu’une façade. Il s’intéresse davantage au rêve américain et au mépris de classe, en passant par l’antisémitisme, l’ambition, le sacrifice ou encore les relations de pouvoir… Bref, le film est extrêmement dense. Et pourtant… Malgré toutes ses qualités formelles, THE BRUTALIST ne m’a jamais réellement embarqué, et je suis resté en retrait face à sa proposition. Le problème principal est qu’il ne m’a jamais touché émotionnellement. Malgré la richesse des sujets abordés, son ton froid et distant a rendu mon attachement aux personnages difficile. Et vu sa durée, c’est un vrai problème… Car le film est très long, et j’ai clairement ressenti les 3h35 passer, même avec un entracte de 15 minutes au milieu. Si sa première partie a su capter mon attention, la deuxième, malgré l’introduction d’un personnage féminin apportant un peu de sang neuf, m’a donné l’impression que le récit ne faisait que marteler les mêmes idées. Pire encore, comme un aveu d’échec, il a besoin d’un épilogue pour expliquer ce qu’il n’a pas réussi à mettre en images, malgré sa durée. Et même si ce coup de théâtre fait son effet, il aurait été bien plus intéressant de voir ce thème réellement exploité dans la deuxième partie, plutôt que de ressasser ceux du premier acte. Alors certes, sur la forme, c’est du grand cinéma, un film qui marquera probablement l’histoire du septième art. Il vaut vraiment le coup d’œil, mais je ne peux m’empêcher d’avoir un arrière-goût d’inachevé. J’attendais une fresque avec un impact émotionnel bien plus fort… Partager
- Une expérience cinématographique unique et radicale
Découvrez notre critique détaillée du film THE SUBSTANCE . Une expérience cinématographique unique et radicale THE SUBSTANCE ❤️❤️❤️❤️ Une expérience cinématographique unique et radicale Ex-star du cinéma, une actrice de 50 ans, mise sur la touche, décide de prendre une mystérieuse substance permettant de créer une meilleure version d’elle-même : plus jeune, plus belle, plus parfaite. Évidemment, cela implique de respecter des règles strictes, et quand celles-ci ne sont pas suivies, les conséquences peuvent être désastreuses. Souvent, je parle « d’expérience cinématographique », ces films conçus pour être vus en salle, où ils gagnent une puissance inégalable sur petit écran. Clairement, THE SUBSTANCE en est l’exemple parfait, et il serait regrettable de ne pas le découvrir au cinéma. Coralie Fargeat livre ici un film aussi audacieux que viscéral. Elle a apporté un soin particulier à chaque scène pour qu’elle explose littéralement dans l'obscurité de la salle. Chaque détail compte, que ce soit la maîtrise du cadre, les couleurs, le montage, et surtout le travail sur le son, qui transforme l’ensemble en un rouleau compresseur émotionnel. Visuellement, le rendu est époustouflant. Le spectacle offert est saisissant, et j’ai rarement cligné des yeux aussi peu lors d’une séance cinéma. Mais attention, le film est ultra radical et n’est pas à mettre entre toutes les mains. On est ici face à un film d’horreur, plus précisément du body horror. Ce n’est pas une succession de meurtres sanglants ; on se rapproche plutôt de LA MOUCHE. Le film multiplie d'ailleurs les références : Cronenberg, mais aussi Carpenter, Kubrick, et même LE PORTRAIT DE DORIAN GRAY. Cela n’empêche cependant pas la réalisatrice de créer son propre univers. Les effets spéciaux sont remarquables, avec une grande utilisation d'effets pratiques. Et si, comme moi, vous avez la phobie des aiguilles et autres piqûres, le film peut se révéler particulièrement éprouvant. Dès la scène d’ouverture, où l’on voit le temps passer sur une étoile du Walk of Fame d’Hollywood, j’ai été happé et rarement relâché. Le thème de l’érosion de la beauté et du passage du temps est évidemment central. Même s’il s’agit d’un film d’horreur, il y a une véritable profondeur, en abordant la pression subie par les actrices pour rester éternellement belles, ainsi que l’obsession de notre société pour l’image et l’apparence, exacerbée par les réseaux sociaux et les tendances de la mode. Pour traiter ce sujet, la réalisatrice a choisi l’humour, car, étonnamment, le film est très drôle, devenant souvent une comédie satirique. Même si ce n’est pas toujours subtil et que la caricature (totalement assumée) est poussée à l’extrême, l’humour noir fonctionne à merveille. On pourrait reprocher à Coralie Fargeat une certaine tendance à l’excès, autant dans la forme que dans le fond. Que ce soit dans sa façon d’aller à fond dans le male gaze lorsqu’elle filme le corps de Margaret Qualley sur le plateau, ou dans le portrait divinement odieux de Dennis Quaid, mais cela ne va jamais à l’encontre du propos du film. Même dans le dernier acte, où elle pousse les curseurs à fond, risquant de perdre une partie du public, le film bascule alors dans un burlesque complètement fou et jubilatoire, culminant avec un dernier plan aussi audacieux que marquant. Et comment ne pas parler de Demi Moore, qui se livre corps et âme dans ce rôle, offrant probablement la meilleure prestation de sa carrière. Elle se met littéralement à nu devant la caméra, dans un rôle qui semble taillé sur mesure pour elle. Le film exploite son histoire personnelle et son image publique, ajoutant une couche supplémentaire de complexité et d'émotion. Bien qu'elle ait peu de dialogues, elle parvient à toucher le public, notamment lors d’une scène de maquillage bluffante : une séquence silencieuse mais incroyablement puissante, capturant toute la fragilité et la force de son personnage sans un mot. C’est d’ailleurs l’un des grands atouts du film : il n’oublie jamais de faire du cinéma. Souvent, sans dialogue, mais uniquement à travers l’image et le son, la réalisatrice parvient à transmettre des émotions et à délivrer son message. Vous l’aurez compris, j’ai adoré THE SUBSTANCE, et je vous invite vivement à le découvrir en salle, car il y gagne considérablement en puissance. Alors, est-ce le meilleur film de l’année ? Je ne pense pas. Est-ce le meilleur film d’horreur des dernières années ? Très certainement, et bien plus encore. Est-ce l’expérience cinématographique la plus marquante que j’ai vécue cette année ? Absolument, et de loin ! Partager













