BILAN OFF 2026
Le OFF 2026 baisse le rideau…

Une nouvelle fois, cet événement qui est clairement le moment que j’attends le plus chaque année aura tenu toutes ses promesses.
Je voulais déjà prendre un instant pour remercier toutes celles et ceux qui me suivent. C’est extrêmement motivant de voir que mes avis peuvent aider certains à choisir leurs spectacles. Et c’est toujours un vrai plaisir de recevoir vos messages de remerciement. Cette saison, vous avez offert une visibilité assez folle au site, avec plus de 15 000 visiteurs uniques.
Cette année encore, j’ai eu la chance de vivre cette aventure avec une intensité particulière, en découvrant 61 spectacles. Forcément, dans un programme aussi riche et avec près de 1800 propositions, toutes les découvertes ne peuvent pas être au même niveau. Il y a forcément eu quelques déceptions, comme dans toute aventure artistique, mais j’ai fait le choix de ne pas les aborder sur le site. L’idée n’est pas de pointer du doigt, mais avant tout de partager mes émotions, mes découvertes et les spectacles qui m’ont marqué.
Le Festival OFF d’Avignon, ce n’est évidemment pas seulement des spectacles. Ce sont aussi ces heures à flâner dans les rues, à se laisser happer par les artistes qui interpellent les passants, ces moments d’échanges avec d’autres festivaliers sur les terrasses ou dans les files d’attente, ces discussions passionnées où chacun défend son coup de cœur comme le plus beau spectacle du monde.
Ce sont aussi ces journées découvertes que j’organise chaque année, avec ce plaisir immense de voir revenir certaines personnes d’une édition à l’autre. Se dire que cette passion peut donner envie à d’autres de revenir pousser les portes des salles est probablement ma plus belle récompense. C’est d’ailleurs toute la raison d’être de ce site : partager, transmettre, donner envie.
Une passion qui crée des moments d’échanges savoureux, comme avec cette spectatrice lambda devenue au fil des années une véritable partenaire de festival. L’organisation de nos plannings, nos débats, nos tentatives respectives de convaincre l’autre de découvrir nos coups de cœur… sont devenus un véritable rituel de ce OFF.
Et cette édition avait quelque chose de particulier, presque paradoxal.
Dans un contexte où le spectacle vivant traverse des périodes d’inquiétude, où les artistes s’interrogent sur l’avenir de leur métier, et malgré une canicule qui a rendu certaines journées particulièrement éprouvantes, quel bonheur de voir que les spectateurs étaient au rendez-vous.
Avec près de 1800 spectacles proposés, le défi est plus immense que jamais pour les artistes. Comment émerger dans cette profusion ? Comment convaincre un festivalier de pousser la porte d’une salle plutôt qu’une autre ? Comment faire exister une création au milieu de milliers d’autres ?
Cette édition aura été pleine de contrastes. L’après-midi, sous une chaleur suffocante, les rues semblaient parfois moins animées. Mais derrière les portes des théâtres, les salles étaient bien remplies. Le public était là, curieux, avide de découvertes et prêt à se laisser surprendre.
Après une édition 2025 assez exceptionnelle, marquée par les succès de nombreuses grosses productions qui ont ensuite brillé aux Molières — comme Le Procès d’une vie, Le Chant des Lions, Made in France, Fin, fin et fin ou encore Le Dernier Cèdre du Liban — certaines de ces réussites ont naturellement été prolongées cette année. Une situation qui a forcément laissé moins de place aux autres spectacles.
Mais heureusement, le OFF reste avant tout le royaume des découvertes. Et cette année encore, j’ai trouvé plusieurs pépites que je n’avais absolument pas vu venir.
Le premier choc est arrivé dès le début avec Badjens. Premier spectacle découvert, premier immense bouleversement. Un spectacle engagé d’une puissance rare qui restera certainement comme l’un des grands moments de mon OFF. Par la force du texte, l’incarnation saisissante d’Alice Rahimi, l’esthétique impressionnante et ces moments musicaux mêlant chants iraniens et sonorités électro-rock, le spectacle provoque un véritable électrochoc.
Cette édition aura aussi été celle des confirmations.
Avec Olympe(s), Rachel Arditi et Justine Heynemann, déjà remarquées avec Punk(e)s, repoussent encore les limites. Elles pulvérisent les codes pour proposer un spectacle hors norme, mélangeant théâtre, concert, humour et engagement politique dans un tourbillon d’énergie absolument démesuré.
Chimère, de Frédérique Voruz, aura confirmé tout le bien que je pensais d’elle après Le Grand Jour. Elle réussit une nouvelle fois à créer un spectacle d’une immense force émotionnelle, avec une maîtrise impressionnante des ruptures de tons et du mélange des genres.
Juste Irena restera comme un choc visuel majeur. Une inventivité débordante qui réussit l’exploit de raconter, avec un regard d’enfant, un sujet aussi lourd que la libération de 2500 enfants du ghetto de Varsovie.
Autres spectacles pour enfants, Fabuleux et Sucrer les fraises m’auront également touché par leur poésie et ces instants suspendus qu’ils réussissent à créer.
En parlant de beauté pure, difficile de ne pas citer Juliette et Roméo. Une relecture dansée de la tragédie de Shakespeare qui place la barre très haut et qui m’a offert probablement l’un des plus beaux ballets que j’ai vus au OFF.
Et puis il y a eu ces spectacles découverts sans rien en attendre et qui, au détour d’une représentation, réussissent à vous bouleverser. Fake et Diabolo Menthe auront été ces deux immenses surprises émotionnelles : deux spectacles qui m’ont cueilli là où je ne les attendais pas et qui m’ont littéralement transpercé le cœur par leur sincérité, leur humanité et la puissance de ce qu’ils racontent.
Comment ne pas citer également J’ai besoin d’air, c’est pour ça que je fume Clémence de Vimal réussit l’exploit de transformer une histoire profondément intime en un moment où l’humour, le décalage et l’émotion se répondent avec une justesse bouleversante.
Cette édition m’a aussi marqué par l’émergence d’une nouvelle génération d’artistes qui semblent assurer la relève.
Les troupes de La Vague et Les Glaces ont proposé deux spectacles dont la puissance du message n’a d’égal que la maîtrise de la mise en scène et de l’interprétation. Fêlures, aussi inventif que drôle, donne quant à lui très envie de suivre la suite du travail d’Anthony Dubos.
Et puis il y aura eu une découverte qui m’a particulièrement marqué : Marjorie Dubus, véritable révélation de ce OFF. Sa fougue et son énergie débordante dans Louison et Monsieur Molière m’auront bluffé, portée par une première mise en scène particulièrement maîtrisée d’Axelle Masliah.
Alors oui, le OFF 2026 se termine.
Mais il laisse derrière lui des souvenirs, des émotions, des rencontres et cette envie toujours intacte de recommencer l’année prochaine.
Parce qu’au fond, c’est ça le Festival OFF : une immense aventure humaine où l’on vient chercher des spectacles… et où l’on repart surtout avec des histoires, des visages et des moments que l’on n’oubliera pas.

